La Pommerage, espace culturel et artistique

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vers 1978 | La Mazerine et la Pommerage
G. Mélain fecitcoll. Philippe Jacquet

Cette vue a été prise depuis la rue du Cerf, à l’entrée de la servitude devenue Clos de la Pommerage (1). A droite : le pignon de la Pommerage, flanqué de son bow-window, et une annexe.

La maison est alors longée par le ruisseau Mazerine, aujourd’hui canalisé et souterrain, qui servait de bief au moulin ainsi qu’une retenue d’eau.

A gauche de la Mazerine : l’actuel Clos de la Pommerage, servitude qui mène à l’ancien moulin Spreutels (construit vers 1850, pour remplacer l’ancien moulin situé dans l’actuelle Pommerage). C’est à la hauteur de cet ancien moulin, qui apparait à l’arrière-plan, que la Mazerine revient à l’air libre et se jette dans l’Argentine.

→ voir reportage de la partie souterraine de la Mazerine, réalisé par Vincent Duseigne (Tchorski).

Tout ce qui se trouve à gauche de la Mazerine est sur La Hulpe, le ruisseau servant de frontière naturelle entre cette commune et celle de Genval.

Le pré enneigé à gauche de la servitude était un étang, qui a été comblé par Mr Joseph De Becker avec des scories provenant des fourneaux des Papeteries de Genval. Cette prairie est aujourd’hui bâtie.

La maison à l’avant plan à gauche, dont on distingue une partie du pignon, est la dernière maison de La Hulpe, la Pommerage étant la première sur Genval en venant de La Hulpe. Elle est située au n° 27 rue du Cerf à La Hulpe.

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septembre 1994 | La Pommerage (montage photos) © Philippe Jacquet

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fin 1994 | Rachel Diepart pinxit, coll. Philippe Jacquet

« La ferme de la Pommerage est déjà renseignée sur la Carte des Pays-Bas Autrichiens, établie entre 1770 et 1777 par Ferraris. La lecture de cette carte nous indique que l’actuelle rue du Cerf n’allait pas plus loin que la maison lorsqu’on venait de La Hulpe. L’actuel ‘Vieux chemin de l’Helpe’ partait déjà de la maison, située en bordure du ruisseau ‘Mazerine’, pour rejoindre le village de Genval en remontant par le Pachis et la Bruyère-à-Lacroix », explique Philippe Jacquet.

« La maison appartient, en date du 8 vendémiaire de l’An XIX (1er octobre 1806) à Pierre Spreutels (1758-1828). En 1833, la maison est encore habitée par la veuve de ce dernier, meunière. La maison échoit ensuite à un des enfants du couple : Pierre Joseph, lequel exerce la profession de meunier. Le ruisseau Mazerine longeait à l’époque la maison, laquelle était par ailleurs située au lieu-dit ‘champ de la roue’, évocation vraisemblable de la roue du moulin. Lorsque Mr & Mme Jacquet ont acheté la propriété en 1994, elle était renseignée comme se situant dans son entièreté sur la commune de Rixensart (Genval). Le Service des Grands levers et plans généraux a revu la frontière entre La Hulpe et Genval en 1997, considérant que cette limite devait correspondre à l’ancien lit du ruisseau Mazerine, avant sa mise sous terre. Le jardinet de 90 ca situé côté Ouest de la maison a dès lors été retiré de Genval, et se trouve depuis lors cadastré sur La Hulpe (0001 B 45 S).

Au décès de Pierre Joseph Spreutels, en 1871, ce dernier n’ayant pas de postérité, ce sont ses neveux et nièces qui héritent de sa propriété : Jeanne-Joséphine Spreutels, épouse de Floriant Joseph De Becker, hérite de l’actuelle Pommerage. Au décès de leurs parents, Pierre (1878-1951) et Joseph (1888-1966) habitent la propriété. Pierre s’occupe des 300 pommiers de la propriété, et Joseph sera l’ingénieur principal et grand bâtisseur des Papeteries de Genval. Il fut connu aux Papeteries sous le surnom de ‘Moustaches’ en raison des superbes moustaches qu’il arborait.

Un frère de Jeanne-Joséphine Spreutels, Pierre, époux de Léonie Adèle Lecharlier, a hérité d’une partie de la propriété de ses parents, et continue d’y exercer l’activité de meunier. Il fait bâtir un nouveau moulin sur la propriété (au fond de l’actuel Clos de la Pommerage) vers 1865, lequel moulin portera le nom de ‘Moulin Spreutels’, ou encore ‘Moulin du Bourgmestre’, Pierre Spreutels étant devenu bourgmestre de La Hulpe (1904 à 1911). La Mazerine coulait en effet sur la propriété, qu’elle séparait en deux : une partie sur Genval (l’actuelle Pommerage), l’autre sur La Hulpe (le ‘Moulin Spreutels’).

Au décès des frères Pierre et Joseph De Becker, leur propriété fut divisée en 22 lots, et fit l’objet d’une vente publique organisée au café des Trois Colonnes à La Hulpe et supervisée par Maître Émile Windal, futur bourgmestre de Genval (également mon oncle). La propriété contenait près de 4 hectares, situés le long et des deux côtés de la rue du Cerf sur Genval (notamment l’actuel ‘Clos des Cerfs’) et le long du Vieux chemin de l’Helpe (12 terrains à bâtir sur un total de 233 mètres à front de rue et une superficie de circa 1 ha 60 a).

L’actuelle Pommerage comprend deux de ces 22 lots, qui furent alors adjugés avec six autres aux époux Hernalsteen-Moray, lesquels y exercèrent la profession d’herbagistes et l’élevage de bovins.

La Pommerage devint ensuite un manège (36 boxes), propriété de Madame Katleen Carpentier de Changy. Le manège avait nom ‘Manège Arc-en-Ciel’, et a cessé ses activités en 1994 au moment où il nous fut revendu, à mon épouse Dominique et moi-même », précise Philippe Jacquet.

« Nous y avons tenu une galerie d’art sous l’enseigne Espace culturel de la Pommerage jusqu’en 2005, activité arrêtée alors pour raison de santé. La Pommerage est aujourd’hui divisée en trois habitations : le corps de logis, où nous résidons, le studio (anciennes écuries à front de rue du Cerf) et le loft (partie de la grange) où résident d’heureux locataires ».

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1995 | La Pommerage, rue du Cerf à Genval © Philippe Jacquet

La Pommerage est ici montrée avec son pignon et son bow-window. Les haies qui entourent aujourd’hui la Pommerage ne permettent plus de prendre pareille photo.

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1998 | Sophie Collet pinxit, artiste rixensartoise, coll. Philippe Jacquet

Bordée par le ruisseau la Mazerine à Genval, l’ancienne ferme de la Pommerage fut entre 1996 et 2005 un haut lieu de la vie culturelle et artistique. Sous l’enseigne Espace culturel de la Pommerage, cette galerie d’art de Philippe et Dominique Jacquet y organisa quelques 120 expositions, groupant plus de 200 artistes, venus des 5 continents et d’une vingtaine de pays.

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2003 | Myriam Deru pinxit (2), coll. Philippe Jacquet

2009/2011 | Anciens trompe-l’oeil de la Pommerage © Philippe Jacquet

Les trois trompe-l’œil qui décoraient la cour intérieure de la ferme viennent d’être remplacés. Réalisés par Josy Mesters il y a une douzaine d’années, ils étaient fortement défraîchis, constamment exposés aux intempéries et au soleil. Comme ceux qu’ils sont venus remplacer au-dessus de portes des anciennes écuries, les nouveaux trompe-l’œil rappellent le passé des lieux : deux chevaux nous rappellent en effet que la Pommerage exploitait jusqu’en 1994 un manège sous le nom ‘Arc en Ciel’ (36 boxes à l’époque), et un bouvier bernois ainsi qu’une chatte représentent les actuels et ancien fidèles compagnons des propriétaires : Tristan et Daisy, et la petite chatte Mimine. Réalisées cette fois sur support métallique et passées ensuite à l’atelier de carrosserie automobile pour y recevoir deux couches de vernis, ces nouvelles œuvres devraient orner la cour de la ferme pour plusieurs décennies cette fois, espère Philippe Jacquet.

Josy Mesters et son épouse ne sont pas des inconnus à Rixensart. Loin s’en faut ! Durant de très longues années, ils ont résidé dans la commune, avenue Monseigneur, et nous ont laissé le souvenir de citoyens fortement engagés dans les milieux socioculturels. Tous deux choristes à l’époque à la Guitarelle (comme l’actuel maître de céans de la Pommerage), ils se sont également investis dans la chanterie ‘La Spinola’, qui regroupait plusieurs dizaines de jeunes enfants auxquels Josy apprenait le b.a.-ba du chant choral. Josy tenait également un atelier de peinture, et exposait régulièrement ses aquarelles dans la salle culturelle de la maison communale, la maison rosièroise,… À plusieurs reprises, Josy Mesters a exposé à l’Espace culturel de la Pommerage, dont il assura l’exposition d’ouverture avec Rachel Diepart, autre peintre rixensartoise également choriste à la Guitarelle et le mari de cette dernière, Chema Lopez, céramiste nicaraguayen. Une dizaine d’œuvres de Josy Mesters décorent la Pommerage, à l’intérieur comme à l’extérieur.

décembre 2010 © Philippe Jacquet

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septembre 2011 © Philippe Jacquet

Cette photo est intéressante, car elle donne une vue d’ensemble du site. Philippe Jacquet détaille : A gauche, l’ancien corps de logis de la ferme (220 rue du Cerf) ? Au centre, les anciennes écuries au rez et fenil à l’étage (aujourd’hui ‘studio de la Pommerage’, 218 rue du Cerf). A droite, la grange avec 12 anciens boxes au rez et le loft à l’étage (220 A rue du Cerf). Le bâtiment à front de rue du Cerf (220 + 218) est repris sur la carte de Ferraris établie entre 1770 et 1777, la grange sur la carte de Vandermaelen de 1865.

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2012 | La Pommerage, vue depuis la Villa No Maujone © de Philippe Jacquet

A gauche (en A3), le Vieux chemin de l’Helpe, et en A1 les bâtiments des anciennes papeteries Intermills à La Hulpe», précise Philippe Jacquet. «Au fond, le bois dans lequel coule paisiblement l’Argentine et qui sépare la rue du Cerf de la ligne de chemin de fer Bruxelles-Luxembourg.

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août 2012 © Philippe Jacquet

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août 2015 | Vue aérienne de la Pommerage, côté rue du Cerf, coll. Philippe Jacquet 

Au fond à droite, on distingue les anciens bâtiments SWIFT, rue François Dubois à La Hulpe (anciennes papeteries Intermills). Ces bâtiments et terrains adjacents font l’objet en 2015 d’un projet immobilier, comme pour le site des Papeteries de Genval (ce projet sera présenté le mercredi 8 septembre à la population, en la maison communale de La Hulpe). Au centre de la photo, à l’arrière-plan, on distingue l’école horticole de La Hulpe et ses serres. A gauche : le village de La Hulpe et son église, précise Philippe Jacquet.

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août 2015 | Vue aérienne de la Pommerage depuis La Hulpe, coll. Philippe Jacquet

A l’avant-plan : le Clos de la Pommerage, qui délimite les territoires de Genval et La Hulpe. Le ruisseau de la Mazerine coule sous la servitude, longeant la haie de la Pommerage. A l’arrière-plan à droite : la villa No Maujonne.



(1) Les inscriptions ‘La Hulpe’, ‘Pommerage’ ainsi que la signature, ont été apportée par G. Mélain, auteur de la photo. Elle a été prise avec un très grand angle, ce qui explique certaines déformations dans les bâtiments et poteaux électriques (autorisation publication sur Rétro Rixensart accordée le 19 juin 2014, via Philippe Jacquet)
(2) artiste rixensartoise, qui après des études à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, se dirige vers l’illustration.

Villa Clémence, ‘No Maujonne’

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après juillet 1902 | Villa Clémence, rue du Cerf à Genval, coll. Fonds Lannoye

Alors directeur de la Papeterie de La Hulpe (1) Auguste Lannoye épouse le 26 juillet 1902 Marie Stévenart, fille aînée du notaire de la même localité. « Peu de jours après, le jeune couple s’installe non loin de l’usine de La Hulpe dans la haute et sombre bâtisse de la ‘Villa Clémence’, rue du Cerf. Il n’y a pas meilleur témoin de la vie de ce temps-là que Marie Lannoye elle-même », écrit Luc Lannoye, petit-fils d’Auguste et Marie (2).

« Ne trouvant rien de mieux, nous avions loué entre La Hulpe et Genval la lugubre villa ‘Clémence’ aux fenêtres grillagées et sans le moindre confort. Si le bon Dieu ne m’y avait donné 3 enfants (3), les six années que j’y ai passées ne m’auraient laissé que de pénibles souvenirs.

La petite usine de Genval s’élevait rapidement. Auguste s’y rendait tôt le matin, en revenait à toute heure (4) et parfois bien inquiet. Que de soucis, de nuits sans sommeil. Une rude école de vie pour tous deux. Aussi ai-je senti le besoin de m’accrocher très fort à Dieu. Chaque matin, avant le réveil de mes petits, je courais en tous temps et toutes saisons chercher à l’église de La Hulpe (5) Jésus lui-même qui devait m’éclairer, m’encourager, me fortifier et m’apporter, malgré tout, des heures de si douce joie.

A sept heures, je me penchais sur les lits ou sur les berceaux où déjà m’attendaient des rires et des pleurs. Vivement la baignade, la toilette, le biberon et tout cela, en temps d’hiver à la lueur d’une lampe à pétrole et devant un petit feu, pendant que mon mari dans son coin vaquait à sa toilette. Ni salle de bain, ni électricité, ni chauffage central. Les journées commençaient et s’achevaient pour nous dans le labeur, la vie difficile, car nous n’étions pas riches.

A Genval, le capital prêté par mon père s’était enfoncé (6) dans la construction, l’achat des premières machines, le paiement des salaires … et il fallait vivre avec trois enfants.

Dieu merci, mon mari n’avait pas de grands besoins et moi j’avais appris à la chère école de ma Maman et d’Elisa à tenir économiquement un ménage et je recourais souvent à leurs sages conseils.

Certains jours, tout devait passer par mes mains (7) : soins des enfants, cuisine, nettoyages, raccommodages, coupe et couture. Et il fallait encore trouver quelques moments de réflexion et de méditation pour maintenir l’âme aussi active que le corps.

Marie fut à ce moment une auxiliaire très précieuse pour son mari. Ayant appuyé son initiative auprès de son père, elle comprit parfaitement par la suite les inévitables problèmes d’un début. Lorsque les premières grosses difficultés furent vaincues (8), nous avons pu faire des plans de maison à construire près de l’usine de Genval, sur un terrain où poussait blé, betteraves et pommes de terre. Une partie du sol étant argileux, une équipe de briquetiers y façonnèrent les briques de la construction (9). La maison s’achevait lentement, le bail à la ‘Villa Clémence’ finissait, il fallait déménager ».

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août 2012 | Villa ‘No Maujonne’ (10), au coin de la rue du Cerf et du Vieux chemin de l’Helpe © Philippe Jacquet

Bénédicte de Ghellinck (XXIV) en fait une description détaillée : « Dans un jardin emmuré, cette habitation de style éclectique, se dresse au bout d’une allée. Son élévation de brique est légèrement ponctuée de décors de brique blanche émaillée sous la forme de bandeaux, de frise décorative sous la corniche, de dessins dans les allèges. La travée d’entrée prend la forme d’une tour d’angle et s’élève sur trois niveaux, sous une toiture en pavillon débordante ».

Philippe Jacquet y ajoute : « Jadis appelée ‘Villa Clémence’ cette demeure abrita durant six ans au début du XXème siècle, un couple qui allait faire connaître Genval dans le monde entier : Auguste Lannoye et son épouse Marie Stévenart. Le jeune couple s’était installé à la Villa Clémence en tant que locataires, faute de pouvoir envisager mieux à l’époque. Cette maison ne leur laissa qu’un seul bon souvenir : c’est là que naquirent leurs trois enfants.

Plus tard, lorsque l’aventure industrielle du ‘Balatum’ se profila, l’usine de Genval allait connaître une expansion impressionnante. Cinq usines étrangères furent même fondées entre 1925 et 1930. Cette expansion fut soutenue par le bras droit du patron, Joseph De Becker, dit ‘Moustaches’, ingénieur principal et grand bâtisseur des Papeteries de Genval. Ce dernier habita la Pommerage, située juste en face de la Villa Clémence.

Les 21, 22 et 23 janvier 2002, on tourna à la Villa ‘No Maujonne’ un épisode de la série télévisée ‘Crimes en série’, coproduite par la RTBF et France 2, avec dans le rôle principal Pascal Légitimus. La destinée unissait alors une fois de plus les anciennes résidences d’Auguste Lannoye et de son grand ami Joseph De Becker, l’équipe du tournage ayant choisi la Pommerage pour y implanter bureaux, réfectoire et logistique durant le tournage ».

Quelques liens sur la toile donnent accès à des articles de presse concernant le tournage de cet épisode : Le Soir, La DH (ciné-télé), et La DH.

 


(1) appartenant au groupe ‘Union des papeteries’ qui comptait plusieurs usines, entre autres à La Hulpe, Saint-Servais et Mont Saint-Guibert.
(2) LANNOYE Luc, Regards sur la passé, 1978
(3) Charles 1903, Jean 1906, Anne 1907
(4) A vélo
(5) Messe à 6 h. 30.
(6) D’autant plus ‘enfoncé’ que tout avait dû être construit sur pilotis, à cause du marécage
(7) Il y avait un aidant, Ernest, qui faisait un peu tout
(8) En 1910
(9) Plus économique en raison des transports
(10) ‘Ma maison’ en wallon