Garage du Parc, hôtel pour automobiles ?

1927/1930 | Garage du Parc, avenue Normande 6-8 à Genval (coll. Alan vdH)

Situé avenue Normande, entre les anciens hôtels du Parc (Bigaré) et Palace (Belvédère), le Garage du Parc attire singulièrement l’attention, de par sa présence dans le cadre du Parc de Genval-lez-Eaux, ce dernier étant essentiellement dédié à la villégiature ou au secteur de l’Horeca. 

Si les immeubles furent pourvus de garages dès les années ’30, il fut quasi impossible de modifier les hôtels ou villas plus anciens afin que chaque visiteur ou occupant puisse y loger sa voiture et … éventuellement son chauffeur. Le plus souvent, les automobiles de l’époque s’accommodèrent à l’occasion de structures réalisées à d’autres fins – écuries, remises à fourrages, marchés couverts …. 

Pour les nombreux visiteurs motorisés du Parc de Genval, il s’agissait de louer ou acheter un emplacement dans un « hôtel pour automobiles ». C’est l’hypothèse avancée par Rétro Rixensart pour expliquer la présence du Garage du Parc à Genval. Elle est renforcée par les éléments suivants :

– l’immeuble est situé à l’entrée du parc, 

– il comporte deux ailes identiques, l’une permettant l’entrée et l’autre la sortie des automobiles sans qu’elles dussent se croiser à l’intérieur

– au centre, la fenêtre de la loge du gardien du garage donne directement sur le distributeur d’essence (il s’agit vraisemblablement de l’appareil sur colonne de type ‘Routier’ muni de deux jaugeurs en verre provenant de la Société Générale des Huiles de Pétrole, datant d’après 1923 … et qui débitait par multiples de cinq litres)(1)

– le bâtiment ‘tout en façade’ se transforme à l’arrière en hangar (2), des lanterneaux y assurant ventilation et éclairage 

– sur la devanture ne figure aucune inscription publicitaire, ni pour une marque de voiture, ni pour des services (l’activité ‘atelier’ devait y être restreinte),

– au rez-de-chaussée et/ou à l’étage devaient se trouver les bureaux du gérant et des employés. Toutefois, le nombre important de fenêtres laisse supposer que l’immeuble abritait ou logeait aussi les chauffeurs des personnes en villégiature dans le Parc de Genval.

Préfigurant l’émergence de garages dans le paysage urbain ou dans nos villages, les deux pignons arrondis qui ornent de part et d’autre la façade font penser à un style architectural (3) que nous retrouvons dans les colonies, ou à celui qui s’apparente au Cape Dutch, nom donné à l’architecture traditionnelle des Afrikaners, et qui rappelle le style hollandais des maisons d’Amsterdam. 

A l’arrière-plan, on distingue sur cette photo inédite la façade Sud-ouest de l’Hôtel Palace, qui deviendra l’Hôtel Belvédère. En 1940, ce dernier devint le siège de la Kommandatur régionale. On peut supposer que le Garage du Parc ait été réquisitionné par les Allemands, pour y entreposer leurs engins. Le soir du 3 septembre 1944, le poste de commandement de l’occupant fut la proie des flammes et … brûla avec les documents qu’elle contenait. Voir RÉTRO RIXENSART | Le Belvédère, du palace à l’enfer.

2018 | Avenue Normande 6-8 à Genval (Google Streetview)

Pour la période de 1945 à aujourd’hui, Rétro Rixensart a peu d’informations à partager. 

Par voie de presse, les Genvalois furent informés qu’

en 2002, le nouveau propriétaire des lieux choisit de rénover et de transformer le corps du bâtiment avant, afin d’y développer cinq logements et un bureau (4)

en 2004, le premier prix Rénovation (ndlr. octroyé par la Province du Brabant wallon) a consacré Hugues de Bellefroid et son architecte Bruno Erpicum, pour le nouveau visage du Garage du Parc, avenue Normande à Genval (5). 

Constituée le 22 avril 2004 et sise avenue Normande 6-8 à Genval, l’Association des copropriétaires reprit le nom ‘Garage Parc’.

Des questions subsistent évidemment. Aussi, Rétro Rixensart compte-t-il sur ses lecteurs pour compléter l’histoire de ce garage genvalois hors du commun. Ainsi apprend-on :

durant les années ’50/60, y étaient entreposées les réserves de caisses de Schweppes. Les gardiens s’appelaient Charles et Jeanne.

– avant la transformation du garage en logements, il existait une casse pour voitures qui s’appelait ‘Charlie Charlot’, situé sur un terrain le long de l’Argentine, après le tunnel ‘Marie Vatch’. Cette enseigne a ensuite déménagé dans le bâtiment ‘Garage du Parc’, avenue Normande pour y ouvrir un ‘comptoir/magasin’ de pièces automobiles.

– les hangars arrières sont toujours bien là, l’architecte ayant conservé la structure principale du hangar (toiture et poutres métalliques). Quatre maisons atypiques (style loft) y sont intégrées.


(1) Les premières pompes à essence de la Société Générale des Huiles de Pétrole apparaissent en 1923 (historique de BP France)
(2) comme en atteste la photo  ci-dessous
(3) Quelques façades genvaloises furent érigées dans un style qui s’en rapproche : Place communale 59 et avenue Gevaert 29 à Genval
(4) PLEECK Catherine, Architecture – Pour la septième année, la Province a remis son Prix de l’urbanisme. Carton plein pour Rixensart, in Le Soir, 29 octobre 2004
(5) DUMONCEAU Laurence, Le prix de l’Urbanisme du Brabant wallon le démontre à merveille, in La Dernière Heure du 3 novembre 2004

coll. Monique D’haeyere

Rue du Pont, puis rue Robert Boisacq

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avant 1940 | Rue du Pont à Rixensart, coll. Jean-Louis Lebrun

Après la Seconde Guerre mondiale, la rue du Pont fut rebaptisée ‘rue Robert Boisacq’, en hommage à Robert Boisacq (1904-1943), droguiste et résistant. Celui-ci fut arrêté par l’occupant, lors de la rafle du 18 décembre 1942 et fut fusillé le 6 janvier 1943. Les Allemands avaient trouvé, lors de leur perquisition, un fusil caché dans un puits de son jardin (1).

Rue du Pont <> Rue Robert Boisacq
avant 1940 | coll. Jean-Louis Lebrun <> 2011 © Monique D’haeyere

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années ’50 | Garage Pigeon, coll. J. Pigeon

Albert Pigeon fait la maintenance d’une VW ‘Coccinelle’, modèle antérieur à 1953 à deux vitres arrière. Remarquez les deux pompes ESSO : celle de gauche délivre de l’essence Esso Extra et celle de droite du Diesel. Entre celles-ci, la vitrine où l’on peut apercevoir des produits pour l’entretien des autos. Sur la porte du garage, une affiche publicitaire pour les pneus Michelin, commente Jean-Claude Renier. Le garage Pigeon se situait au n°3 de la rue Robert Boisacq à Rixensart, à hauteur de l’ancien magasin Colruyt. Louis Pigeon acheta le bâtiment vers 1930. Avant et pendant la guerre il tenait un garage dont une compagnie de Taxi-bus. Son fils Albert (1919-1995) reprit le garage. Il était concessionnaire des marques Opel, Chevrolet, DKW. Dès 1960, la marque Audi devint prioritaire. La démolition du garage date des années 1974/1976.

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après 1964 | coll. J. Pigeon

Afin de situer ce garage, sis rue Robert Boisacq, signalons que le tram vicinal reliant Waterloo à Wavre passait derrière le garage, entre la DKW et la Citroën DS. Les deux bâtiments que l’on aperçoit ont fait place pour des appartements et des magasins, ceux situés rue Boisacq. A droite du garage, l’abri bus indique que l’on est bien dans l’ère post-tramway. Les pavés en C1, mènent vers le café ‘Le Matchi’ et indiquent le début de la rue Alphonse Collin, précise Jean-Claude Renier. Sur le pignon du garage Pigeon, on voit la réclame pour la marque AUTO UNION AUDI (2) et au-dessus de la porte du garage, une enseigne Auto Union DKW. Le long du trottoir de l’avenue Boisacq, de gauche à droite, une voiture DKW Junior (modèle F11 ou F12 produites de 1963 à 1965), une Citroën DS et une Fiat 1500. Sur le parking on voit aussi une voiture Morris et une DKW (modèle F91 à 94, années de production 1953 à 1959). Sur le battant gauche de la porte d’entrée du garage, une affiche mentionne : « Ici, contrôle gratuit de vos pneus. Faites régler vos phares ».

Aujourd’hui, ce bâtiment n’existe plus et le terrain est occupé par une friterie.

Rue Robert Boisacq
1992/1995 © Hommes et Patrimoine <> 2014 © Monique D’haeyere


(1) BUFFIN Paul, Portrait des rues de l’ancienne commune de Rixensart, 1996
(2) AUTO – UNION – DKW : La production industrielle des voitures automobiles de marque DKW a débuté en 1928 avec le modèle P15 à transmission sur les roues arrières. En ce temps-là, DKW était déjà un constructeur bien établi dans le domaine des motocyclettes. Le siège de l’usine se trouve alors à Zschopau, en ex. RDA. Dès l’après-guerre, cette usine passa dans le giron du constructeur nationalisé IFA, qui y produisit les motos MZ (Motorradwerk Zschopau) jusqu’à récemment. De l’origine à 1932, DKW était une marque autonome dont le fondateur, J.S. Rasmussen, est d’origine danoise. C’est en effet lors de la crise industrielle du début des années ’30 que quatre constructeurs allemands virent leur salut dans une association qui prit le nom d’AUTO-UNION. Nous parlons ici de Audi, DKW, Horch et Wanderer, unis dès lors sous le sigle des quatre anneaux. La légende dit que ce logo fut inspiré des anneaux olympiques, dont les JO se déroulaient justement en l’an 1932. Après la guerre, seule la marque DKW fut en mesure de relancer une production industrielle, grâce à ses modèles autos et motos économiques et de prix avantageux. Les alliés Horch, Audi et Wanderer qui avaient misé sur le moyen et haut de gamme avec des moteurs de 4 à 12 cylindres, furent évincés du marché qui se remettait alors des lourdes pertes de 39-45. Ce n’est qu’en 1966, avec le montage d’un moteur à quatre temps d’origine Mercedes sur la DKW F102, que cette dernière reprit le nom d’AUDI, marque que nous connaissons aujourd’hui. (cfr DKW)

Garage Gilles

1930 | Garage Gilles situé à l’angle de l’avenue des Combattants et de la rue A. Lannoye (coll. Cercle d’Histoire de Rixensart)

Francis Broche a retrouvé Anne-Marie Gilles, habitante de l’avenue des Combattants. Elle raconte : ‘C’est le garage de mon papa ! La dame qui se tient devant la maison est ma grand-mère ; parmi les hommes, il y en a un plus petit et rondouillet, c’est mon grand-père. Il était un excellent mécanicien (avant les automobiles, je pense que le garage réparait les chariots). Pendant la guerre, les Allemands apportaient leurs véhicules à réparer chez lui. Il a longtemps vendu et entretenu des VW‘.

La dame qui porte l’enfant dans ses bras … c’est la nounou de mon papa et donc l’enfant, c’est mon papa’. Quand mon père a repris le garage, il a fait construire une ajoute. Il en a fait une salle d’exposition dans laquelle il exposait deux voitures. Comme il avait un ouvrier, il y avait également une pièce servant de réfectoire, un wc et un magasin de pièces détachées. Ma sœur Christiane, mon frère Michel et moi devions la nettoyer toutes les 6 semaines (Michel s’occupait des vitrines et nous du reste). Papa a été représentant VW indépendant et représentant Datsun, puis Peugeot‘.