Un bombardier Lancaster s’écrase à Rixensart

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Le 11 mai 1944, vers une heure du matin, de retour d’un raid sur la gare de formation de Louvain (1), le bombardier Lancaster LL739 (2) piloté par Bruce Cunningham, s’écrasa dans le bas de l’avenue Léopold à Rixensart. Il fut abattu par un chasseur Messerschmitt. L’équipage eut la vie sauve grâce aux parachutes. Le pilote néo-zélandais tomba sur le toit du café ‘La Lanterne’ (ndlr. en 1996, l’agence de la SNCI), place de la Vieille Taille (3).

Un autre membre de l’équipage tomba sur le toit de la maison d’Henry Debroux, avenue de la Paix. Celui-ci aida l’aviateur à descendre de son perchoir et le confia ensuite à la Résistance. Selon Armande Naassens, fille d’Henry Debroux, ‘quelques mariées eurent pendant cette période de guerre leur robe de noces confectionnée dans la soie magnifique des parachutes, un cadeau qui était tombé du ciel’, souligne encore Paul Buffin (4). ‘Armande Naassens possède toujours une bague réalisée avec du métal provenant du Lancaster abattu’.

Reginald Brailsford (4) fut recueilli à sa chute par un résistant de l’Armée Secrète, Robert Ivens du 14 avenue Marie-Henriette à Rixensart. Il passa une nuit chez Mme Beaujean à l’avenue Maréchal Foch et fut conduit le 14 mai chez Eugène Cantillonau 34 rue de Pervyse à Etterbeek. Il fut alors hébergé dans le module de Fernand Verbeke pour Anne Brusselmans (5).

Crew (équipage) : Bruce Cunningham (pilot), Donald Albert Winterford (fligth engineer), Robert John Ramsey (navigator), Fred Brown (MU Gunner), Bleddyn Roberts (Rear Gunner), Reginald Brailsford (Bomb Aimer) et John Stone (WOP/Air)(6).

Lancaster MkII LL 739 coll. The Lincolnshire Aviation Heritage Centre, East Kirkby Airfield (www.lincsaviation.co.uk)

mai 1944 | L’épave du Lancaster LL739, Quartier Royal à Rixensart, coll. The Lincolnshire Aviation Heritage Centre, East Kirkby Airfield

TEMOIGNAGES & COMMENTAIRES

Roger Mélotte : Un bombardier anglais s’est écrasé dans le bois, près de l’avenue Fond Marie Monseu. Le bourgmestre Evrard m’avait demandé d’aller monter la garde près des débris de l’appareil avant que les Allemands viennent chercher les restes. Les Allemands sont venus avec des cercueils, croyant qu’il y avait des morts dans l’avion écrasé. Deux aviateurs avaient pu sauter de l’avion. Il y en avait un qui était tombé près de chez nous dans la prairie et l’autre était tombé sur le talus du déblai du chemin de fer. Sur ce dernier qui essayait de s’enfuir, les Allemands ont tiré et il fut touché. Les Allemands sont venus chez nous pour avoir une échelle et deux hommes pour transporter le blessé vers le café Motteu de l’avenue de Merode (il y avait aussi le café Buffin au coin de la place de la Veille taille et de l’avenue de Merode). Mon père, Emile, est parti avec Guillaume Syben, qui habitait juste à côté de chez nous. L’aviateur était un Néo-Zélandais et était blessé juste au-dessus du cœur. Guillaume avait demandé une cigarette aux Allemands, mais ceux-ci n’ont pas voulu lui en donner. On a du le calmer car Guillaume voulait frapper ceux-ci. Le blessé a été emmené en ambulance vers une clinique, mais le docteur Laermans de Rixensart, ayant consulté celui-ci, nous a déclaré plus tard qu’il ne survivrait pas à ses blessures. Nous n’avons plus eu de ses nouvelles. Nous avons eu le parachute d’un des pilotes et nous sommes allés le cacher dans une serre avec Guillaume. Ma mère en a eu une blouse en soie (7).

Marcelle Dupuis : Un parachute était bien tombé à hauteur de la rue Albertine. Du magnifique tissu, récupéré par les voisins ont permis la confection de blouses, robes et chemises.

Alexis AC : Selon un article du New Zealand Herald, Bruce Cunningham, le pilote du Lancaster abattu à Rixensart, est revenu à Rixensart en 1996. Un morceau de son parachute lui a d’ailleurs été rendu.

REPORTAGE

Alain Libert réalisa en 2013 un reportage video édité sur YouTube. C’est un vibrant hommage aux aviateurs alliés et aux personnes qui les ont secourus au péril de leur vie.

→ LIBERT Alain | Deux mariages et un parachute

Equipage du Lancaster LL739

L’équipage du Lancaster LL739 (posant devant un bombardier lourd Short Sterling), coll. International Bomber Command Centre


(1) Extrait du journal du Bomber Command : 126 Lancasters and 6 Mosquitos of Nos 3 and 8 Groups attacked the railway yards at Louvain near Rennes (?) but the main weight of the bombing hit the railway workshops and nearby storage buildings. 4 Lancasters lost
(2) Lancaster MkII  JI-M n° série LL739 du 514 Squadron
(3) BUFFIN Paul, Tombés du ciel, in Chroniques CHR N° 27, p.23, 3e trimestre 1996
(4) Ibid.
(5) Comete Kinship Belgium et Le réseau Comète
(6) Bomber Command Losses Vol.5 – W R. Chorley / The Bomber Command War Diary – M. Middlebrook, C. Everitt / Footsteps On The Sands Of Time – O. Clutton-Brock
514 Squadron – Lancaster II LL739 JI-M / Op. Leuven
The aircraft took off from Waterbeach to bomb railway yards and was shot up it is believed, by a Fw190 while leaving the target area. A fire started in the starboard inner engine and within seconds the entire wing was engulfed in flames. All baled out. P/O. Cunningham RNZAF landed on the roof of a cafe at Rixensart (Brabant) Belgium, while P/O. Winterford found himself on a nearby rail line where an alert German patrol thought they had caught a saboteur and before he could prove otherwise, he was shot in the leg. F/O. Ramsey and Sgt. Brown evaded capture for a while, but were eventually arrested by the Gestapo
(7) RENIER Jean-Claude, Témoignage de Roger Mélotte et de son épouse Andrée Bouchonville, enregistrement audio réalisé chez Roger Mélotte, Rixensart, 17 juillet 2011

Genval-les-Eaux et la Luftwaffe 

1383. Un avion dans le lac JUnkers JU188

Junker JU188 (à gauche sur la photo)
coll. Bundesarchiv, Bild 146-1989-039-18A / CC-BY-SA 3.0 (1)

11 décembre 1943 | « ‘L’avion dans le Lac’ fait partie du souvenir collectif sans que pour autant que le public soit bien certain de la réalité du fait, de son importance, de la nationalité de l’appareil, et si la plupart s’accordent sur l’époque, ‘fin 1943’, plus de précisions sont rarement accessibles », écrivit Michel Coryn (2). « Beaucoup de bruits et de ‘vérités’ ont circulé concernant cet épisode de la seconde guerre mondiale. Certains ont évoqué un combat aérien au-dessus du plan d’eau, combat se terminant par la chute d’un Supermarine Spitfire dans les flots. Une autre version parle d’un transport trimoteur du type Junkers JU 52, une troisième, sous l’influence des lieux peut- être, d’un hydravion. L’ouverture des archives militaires chez les participants au conflit a permis d’éclaircir ce point qui fait aujourd’hui partie de notre histoire locale. Les recherches du côté des avions perdus par la RAF ne font apparaître aucune perte compatible avec un crash dans le Lac de Genval durant la période considérée, par contre, les archives allemandes sont plus explicites. Elles mentionnent la perte de 8 appareils en décembre 1943 dont un Junker JU 188, tombé dans le Lac de Genval le 11 décembre de cette année. Elles font état aussi de la mort des quatre membres d’équipage » (2). 

« A cette époque, fin 1943, la guerre est à un tournant. L’offensive aérienne alliée contre le Ille Reich monte en puissance, Rommel a perdu la campagne d’Afrique depuis mai, l’Italie a capitulé, les Russes sont à l’offensive dans la bataille de Koursk et le Dr Goebbels manque de faits glorieux pour sa propagande. Hitler ordonna donc une offensive aérienne contre Londres, le sud de l’Angleterre, et le trafic maritime dans la Manche. L’opération, baptisée ‘Steinbock’ par la Luftwaffe et ‘Baby Blitz’ par les Anglais, débuta en décembre 1943 et, bien que menée par un petit nombre de bombardiers et chasseurs-bombardiers, ces raids immobilisèrent de gros moyens de défense du côté britannique. Ces escadres de bombardement (Kampfgeschwader) étaient équipées en parts sensiblement égales de Junkers JU88 et des dernières versions du Dornier DO 217. Au début de l’année 1943, la firme Junkers avait sorti un dérivé très amélioré de son JU88, rebaptisé JU 188, dont le prototype vola dès janvier. La première version, entrée en service au mois de mai fut basée dans le nord de la France. Ces appareils différenciaient cependant du prototype initial JU 188A par des moteurs d’une puissance de près de 10 % inférieure aux moteurs prévus, en retard de développement. Le premier raid au dessus de l’Angleterre eut lieu le 20 octobre 1943 et les nouveaux appareils JU 188 furent employés dans des missions d’éclaireurs et de marquage d’objectifs pour les bombardiers des escadres ». 

« Le samedi 11 décembre 1943, le JU 188 du III Gruppe KG6 s’abat dans le Lac de Genval ». 

« Que s’est-il passé ? Parmi les scénarios possibles figure un éventuel vol de liaison entre sa base du nord de la France, ou de Chièvres, vers Melsbroeck où était basé le Stab KG6 (Etat-major). Il y aurait eu un gros problème technique entraînant une explosion à bord et tentative d’évacuation de l’équipage de l’appareil désemparé. Un témoin oculaire atteste qu’un aviateur a été retrouvé mort accroché par son parachute dans un arbre de la villa Béatrix (La Fée du Lac) au coin de l’avenue du Théâtre. Deux autres membres de l’équipage sont restés coincés dans l’habitacle et nous ignorons les circonstances de la mort du quatrième. Un riverain de l’époque affirme avoir retrouvé un gant appartenant à l’un des occupants. Ce qui est certain, c’est que les quatre membres de l’équipage sont enterrés au cimetière allemand de Lommel. Ils avaient noms : Feldwebel Spech F. (Pilote), Feldwebel Bock F. (mitrailleur), Feldwebel Kols W. (Mitrailleur), Unteroffizier Mass W. (Radiomitrailleur). La partie avant de l’avion est tombée à environ 25 m de l’actuel piétonnier, au large du mur de la propriété Rossel. Des éléments de moteur, dont des têtes de cylindres, ont été extraites à cet endroit lors du dragage du Lac en juin 1975. La partie arrière du fuselage serait tombée plus près du débouché de l’avenue du Théâtre, voire même au-delà, et dépassait de la surface. Dans les jours qui suivirent, les Allemands isolèrent la zone et retirèrent des eaux tout ce qui était accessible, peut-être en baissant partiellement le niveau du Lac mais ce dernier détail reste incertain » (2). 


(1) Bundesarchiv, Bild 146-1989-039-18A / CC-BY-SA 3.0
(2) Michel CORYN, Genval-les-Eaux et la Luftwaffe in Rixensart Info 205 de septembre 2004