Visites royales, rencontres privilégiées

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29 juin 1937 | Le Roi Léopold III à Rixensart (coll. Bernard Collin)

Visite royale au Château de Rixensart

Le 29 juin 1937, S.M. le Roi Léopold III fut accueilli au Château de Rixensart par le Premier Ministre belge Paul van Zeeland (à gauche), et par le prince Paul Ghislain Félix de Merode (à droite).

D’abord fixée au 16 juin 1937, cette visite royale fut reportée au 29 juin à cause de l’incendie de l’église Sainte-Croix. Le roi, invité par la princesse de Merode à une garden-party, fut acclamé à sa sortie par de nombreux villageois et les enfants des écoles agitant des drapeaux tricolores. Les édiles communaux et les représentants des principaux groupements ou associations de la commune participaient à cette visite royale. Quelles qu’aient été leurs opinions politiques ou religieuses, les invités à cette auguste rencontre s’en flattèrent et le firent bien savoir aux moindres de leurs amis et connaissances, relate Paul Buffin (1).

*

Visite royale aux Papeteries de Genval

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21 février 1962 | S.M. le Roi Baudouin salue André de Walque (coll. Vivien de Walque)

Mon père était directeur aux Papeteries et a servi de relais entre le Palais et les Papeteries pour l’organisation pratique de la visite. Visite annoncée deux, trois jours avant. Jeunes gamins, mon frère Laurent et moi-même étions dans le bureau de mon père dans l’usine et avons suivi de près cet évènement. Tout à droite sur la photo, Charles Loos, le directeur général de l’époque, père de l’actuel Charles Loos, jazzman bien connu, raconte Vivien de Walque, fils d’André (2).

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21 février 1962 | S.M. le Roi Baudouin salue André Jacquet (coll. Philippe Jacquet)

De gauche à droite : Jacques Verbesselt (Direction des exportations du papier), Joseph Pirard (directeur des services techniques), André Jacquet (directeur commercial), Jean-Marie Hanosset (direction division papier peint), S.M. le Roi Baudouin, Charles Loos, directeur général.

Mon oncle André Jacquet était entré aux papeteries, appelé pour reprendre la direction commerciale exercée jusqu’alors par son père Ernest, décédé inopinément en 1950. André Jacquet y devint ensuite directeur administratif et financier et reprendra en 1966 la direction générale de deux usines du Groupe des Papeteries de Genval, celles de Châlons-sur-Marne (Grantil) et de Nancy. Il quittera le Groupe en 1971, pour reprendre la direction générale de la société Pégard Productis à Andenne (1971-1976) et terminera sa carrière en tant qu’administrateur-délégué de la Société Nationale de Transports par Canalisations pour le compte de la S.N.I., raconte Philippe Jacquet.


→ RETRO RIXENSARTPapeteries de Genval, 21 février 1962 (articles dans La Dernière Heure et Le Soir)



(1) BUFFIN Paul, Portrait des rues de l’ancienne commune de Rixensart, pp. 23 et 24, 1996
(2) André de Walque est l’auteur du livre ‘Un siècle à Bourgeois 1877-1977‘, reconstituant « une partie de l’histoire d’un petit hameau qui a toujours tenu à garder une certaine distance avec son centre administratif et jadis religieux ».

Drève des Hêtres, remarquables

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1999 | Drève des Hêtres au Beau Site à Rixensart (coll. Cercle d’Histoire de Rixensart)

Cet ensemble d’Hêtres remarquables se trouve dans un écrin de verdure dans le quartier du Beau Site à Rixensart.

Les hivers étant de moins en moins rigoureux, – trop pluvieux, trop doux, les Hêtres sont attaqués par un coléoptère, le scolyte, qui creuse des galeries dans le bois. « Ce qu’il faudrait c’est du gel pendant deux bons mois pour tuer les parasites », explique Jacques Poncin, garde forestier à Bertrix (1).

1999 <> 2020 © Monique D’haeyere


→ ARBORESCENCE | Drève des Hêtres


(1) La Libre Belgique, 11 février 2018

1914-1918 | Hommage à ceux qui ont fait leur devoir

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1914-1916 | Annonce pour une messe anniversaire célébrée en l’église de Rixensart le lundi 12 juin 1916, à la mémoire d’Emile Detienne, soldat au 9e Régiment de Ligne, fils des époux J.-B. Detienne-Nicaise, né à Rixensart, le 28 mai 1887,
tombé au Champ d’Honneur à l’Yser en novembre 1914
coll. Cercle d’Histoire de Rixensart

Au cours de la Grande Guerre, nombre de nos concitoyens choisirent de tout quitter pour aller se battre contre un ennemi surpuissant en hommes et matériel. Quelques-uns étaient sous les drapeaux, la grande majorité répondit à l’ordre de mobilisation qui prenait effet le 31 juillet 1914 à minuit, d’autres rejoignirent l’armée durant les années qui suivirent et ce malgré les risques présentés par le passage de la frontière hollandaise. Parmi ces soldats, près de trente moururent au combat, dix peut-être survécurent pour peu de temps au conflit, d’autres restèrent à tout jamais meurtris dans leur chair ou leur esprit. Dès 2008, le Cercle d’Histoire de Rixensart a tenté, non sans quelques difficultés, d’identifier ces Combattants pour leur rendre hommage et rappeler à tous leur mémoire. Ce travail concerne uniquement les soldats de nos trois communes mais il importe de ne pas oublier les victimes civiles du conflit. Parmi nos concitoyens, de nombreux déportés y laissèrent la vie. Certains moururent dans les camps, d’autres au pays, parfois peu de temps après leur retour. Leur mémoire également mérite d’être sauvegardée (1).

Dans cette notice, Rétro Rixensart rend hommage à ceux qui ont fait plus que leur devoir et qui sont décédés pendant la Première Guerre mondiale. Les nom et prénom de nos soldats sont édités, tels que repris dans cet important ouvrage (1) du Cercle d’Histoire de Rixensart.

1914

6 août | Le soldat du 9e de Ligne Jean-Baptiste (AdelinHautfenne (originaire de Rixensart) décède suite à ses blessures (la commune de Rixensart lui a dédié une rue) ⊥
19 août | Le soldat Herman Ferdinand Thomas (Genval) est tué durant les combats à Aarschot ⊥⊥
24 août | Le soldat du 8e de Ligne Marcel Hasaerts (Genval) est tué au cours des combats de Warnant ⊥⊥
25 août | Le soldat Gustave Florentin Faltin (Genval) est fait prisonnier à Namur et décède à Westerholz (All.) le 24 juin 1917 d’une maladie de coeur suite aux faits de guerre ⊥⊥; le soldat du 12e de Ligne Ferdinand Pierre Joseph De Becker (Rixensart) est tué au combat à Boortmeerbeek ⊥
26 août | Le soldat du 2e Chasseurs à pied Jean-Baptiste Polydor Debroux (Genval) est tué au combat à Grimbergen ⊥⊥
12 septembre | Le soldat du 9e de Ligne René Prosper Ernest Van Hacter (Rixensart-Bourgeois) est tué au combat à Wespelaar ⊥
29 septembre | Le soldat Victorien Stormacq (né à Genval, domicilié à Ixelles) est tué à St-Katelijne-Waver à l’âge de 25 ans
4 octobre | Le sous-lieutenant Robert Georges Emile Marie Terlinden (Rixensart) est tué à 26 ans d’une balle dans la tête à Kessegnies (frontière Congo/Est-africain-allemand), au cours de l’attaque générale qui décida de la retraite allemande ⊥
15 octobre | Le soldat du 5e de Ligne René Joseph Bernard, blessé à Houtem, déposé à l’hôpital d’Ostende où il est fait prisonnier, le 16 octobre, et interné au camp de Wessel (All.) où il décède le 12 décembre 1914 par suite de pleurésie ⊥
16 octobre |Le soldat du 13e de Ligne Jules Spreutels (Rosières-Saint-André) meurt au combat à 21 ans. Il est inhumé dans le cimetière de Keiem, tombe n° 103 ⊥⊥⊥
22 octobre | Le soldat du 2e Carabiniers Georges Gustave Rapsaet (Genval) est tué à Stuyvekenskerke ⊥⊥
23 octobre | Le capitaine en second du 2e Carabiniers, Fernand Henri Hector Lucien Mayat (Genval) est tué à Stuyvekenskerke ⊥
30 octobre | Le sergent du 2e Carabiniers Donat Ghislain Adolphe Herman Hulet (Rixensart-Bourgeois) est porté disparu. Le tribunal de Nivelles rend un jugement déclaratif de décès, le 8 avril 1924. Il acte : Mort pour la Belgique à Stuivenkenskerke le 30.10.1914 
novembre | Le soldat Emile Jean-Baptiste N. Detienne (Rixensart) meurt au Champ d’Honneur à l’Yser, en novembre 1914 ⊥

1917

17 septembre | Le soldat du 9e de Ligne Louis Arthur Ghislain Van Hamme (Rixensart) est mortellement blessé par une bombe d’avion, à Adinkerke. Il décède à 20 ans durant son évacuation vers l’hôpital de l’Océan ⊥
26 septembre | Le soldat du 2e Régiment de Génie Léon Stenuit (Genval) est tué à 23 ans par un éclat d’obus devant Dixmude ⊥⊥
28 novembre | Le soldat du 19e de Ligne Léon Justin Folie (Genval) est tombé au secteur de Merkem ⊥⊥

1918

21 janvier | Le soldat du 13e de Ligne Auguste Nestor Ghislain Devesse (Genval) est blessé par éclats de grenade, décède au poste de secours d’Hoogstade ⊥⊥
19 avril | Le soldat du 9e de Ligne Jean-Baptiste Michel Meyer (Rixensart) est tué au combat ⊥
18 mai | L’adjudant de carrière du 13e de Ligne Ghislain Octave André Wiame (Genval) est tué dans le secteur de Boesinge ⊥⊥
28 septembre | Le soldat du 13e de Ligne Antoine Guillaume Ghislain Lambert (Genval) est tué d’une balle dans la poitrine à Kaaskerke ⊥⊥
29 septembre | Le soldat du 23e de Ligne Fernand Joseph François Henrion (Genval) est tué à 23 ans d’une balle de mitrailleuse ⊥⊥
30 septembre | Le soldat du Bataillon du Génie de la 5e D.A. Henri Charles Fernand Herman (Genval) est tué à 25 ans à Moorslede en service commandé ⊥⊥
13 octobre | Le soldat du 2e Chasseurs à pied Edouard Elie Joseph Ghislain Lelievre (Genval) est hospitalisé à Calais et y décède le 17 décembre 1918 des suites d’une maladie à caractère épidémique contractée au front ⊥⊥
14 octobre | Le soldat Gustave Désiré Debroux (Genval) est tombé à 26 ans en service commandé à Oostvleteren ⊥⊥
15 octobre | Le soldat Antoine Vandercam (Rosières) est blessé au combat par un éclat d’obus à la tête à Izeghem et décède à 28 ans à Brielen le 19 octobre 1918 ⊥⊥⊥; le sous-lieutenant du 1er Carabiniers Adrien Marie Valentin Louis Xavier Van Steenberghe (Genval) est blessé grièvement devant Roulers, décède à 21 ans à La Panne ⊥⊥; le sergent du 12e de Ligne Henri Joseph Loriaux (Genval) est atteint mortellement à Stadenberg ⊥⊥
16 octobre | Le soldat du 6e Chasseurs à pied Marcellin Pinson (né à Rosières-Saint-André) meurt au combat. Il est inhumé au cimetière de Bruges, tombe n° 128. Son nom ne figure pas sur le monument de Rosières, il est supposé qu’il n’y était plus domicilié.

Les combattants rixensartois, genvalois et rosiérois décédés après le conflit seront honorés dans une deuxième notice, à paraître ultérieurement.

→ RÉTRO RIXENSART | Monument des Combattants (Rixensart)
→ OBJECTIF RIXENSART | Monument des Combattants (Rixensart)

→ RÉTRO RIXENSART | Monument de la Place communale (Genval)
→ OBJECTIF RIXENSART | Monument de la Place communale (Genval)

→ RÉTRO RIXENSART | Monument des Combattants (Rosières)
→ OBJECTIF RIXENSART | Monument des Combattants (Rosières)


(1) CERCLE D’HISTOIRE DE RIXENSART, En mémoire de nos combattants de la Grande Guerre, in Chroniques CHR n° 37 de février 2014

Légende

⊥            présent sur le Monument de Rixensart
⊥⊥          présent sur le Monument de Genval
⊥⊥⊥       présent sur le Monument de Rosières

Avenue de Merode, passage du tram W

avril 1964 | Avenue de Merode, passage du vicinal (coll. Daffe)

« Cette photo fut prise en avril 1964 par Robert Temmerman, peu avant la fermeture de la ligne reliant Wavre à Waterloo. Le tram passe dans l’avenue de Merode, – à hauteur de l’avenue des Sept Bonniers, et se rend au Quai du Tram (Bourgeois) », précise Jean-Claude Renier, vice-président du Cercle Ferroviaire de Rixensart.

On reconnaît l’enseigne du magasin d’ameublement Clerfeyt-Dumont. « Les grands-parents maternels d’Yves Clerfeyt tenaient un des seuls magasins de meubles dans la région. Ils livraient les meubles avec un charrette à bras », raconte un membre de la famille. 

En façade, le panneau publicitaire vante ‘les fameux matelas et sommiers Simmons’, du nom de l’américain Zalmon G. Simmons, inventeur du matelas à ressorts.  Les matelas Simmons traversèrent l’Atlantique à bord des célèbres paquebots Le Normandie et Le France dont ils équipèrent les cabines. La marque s’implanta ensuite en Europe.

Cimetière de Genval, Bois Pirart

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> 1918 | Calvaire du ‘nouveau’ cimetière de Genval,
avenue de la Closière/rue du Bois Pirart

L’ancien cimetière de Genval, situé à l’angle des rues JB Stouffs et Mahiermont, que les Genvalois de souche appellent encore ‘le vieux cimetière’ servit jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale, avant d’être fermé. A l’époque, les monuments funéraires ont été retirés, certaines tombes ont été vidées à la demande des familles et les corps transférés vers d’autres cimetières de la commune (1). On peut en déduire que le nouveau cimetière fut ouvert après 1918.

2008 | Cimetière de Genval © Eric de Séjournet

Au bout de La Closière,  le cimetière, totalement emmuré, s’ouvre par une entrée imposante constituée de quatre grands piliers de calcaire, sur base carrée et terminés par un vase. Le cimetière, divisé par une allée principale et des allées latérales et transversales, comporte au centre quelques monuments plus intéressants, sous la forme de petites chapelles funéraires, familiales, érigées entièrement en pierre calcaire (2). 

2019 | Cimetière de Genval © Annick Dedobbeleer

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2017 | Accès au cimetière de Genval © Monique D’haeyere

→ OBJECTIF RIXENSART | Cimetière de Genval

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Le Vallon

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1992/1995 | Le Vallon et l’église Saint-André à Rosières © Hommes et Patrimoine

Le Vallon, ainsi dénommé par les Rosiérois, longe le Chemin du Vieux Marchal en descendant de la rue de la Procession, puis emprunte le Sentier du Vieux Champêtre jusqu’à hauteur de la Maison rosiéroise.

> OBJECTIF RIXENSART | Sentier du Vieux Champêtre

Avenue Paul Terlinden, depuis 1933

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1943 | coll. Jean Louis Lebrun

Le nom de Paul Terlinden (1858-1935, fait baron en 1927) fut donné à l’avenue créée en 1933. Il fut bourgmestre de Rixensart de 1884 à 1917 (ndlr. : et de 1918 à 1921)(1), régisseur du domaine du comte de Merode. Il habitait au château comme son beau-père, Jules Bosquet.

> RÉTRO RIXENSART | Paul Terlinden, régisseur-bourgmestre

Début de l’avenue Paul Terlinden
> 1933 | coll. Jean-Claude Renier <> 2010 © Monique D’haeyere
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> 1933 | coll. Jean-Claude Renier

Entrée de l’avenue Paul Terlinden, à hauteur de la rue des Ecoles en direction de la gare de Rixensart.


(1) en 1917, il fut arrêté et emprisonné par les Allemands

Paul Terlinden, régisseur-bourgmestre

Paul Terlinden (1858-1935)
(coll. Commune de Rixensart)

Paul-François Terlinden, éc., naquit à Gand le 4 octobre 1858, fils de Charles, éc., président de Chambre à la Cour d’Appel de Bruxelles, et de Marie Blanquaert. Docteur en droit, il devint bourgmestre de Rixensart en 1884 (1).

Régisseur du domaine du comte de Merode, habitant le château de Rixensart pratiquement délaissé par ses propriétaires, il eut le plus long majorat de l’histoire contemporaine de Rixensart (2). Le cumul des fonctions de bourgmestre et de régisseur lui valurent les critiques du mouvement ouvrier, relayées par Paul Wynants, professeur émérite à l’Université de Namur (3) :

"L’influence de la famille des Merode, les principaux propriétaires fonciers de Rixensart est grande (...). Ce patrimoine englobe tous les bois situés dans les limites du village, la plupart des prairies bordant la Lasne et les autres cours d'eau, ainsi qu'une notable fraction des terres arables (...)".

Le leader socialiste Emile Vandervelde publia en 1898 une monographie critique sur Rixensart : "Le domaine de Rixensart est un exemple typique de ces propriétés d'origine féodale, assez rares aujourd'hui, qui appartiennent encore aux descendants, plus ou moins directs, des anciens seigneurs (...). La section tout entière [de Rixensart-village], sauf quelques insignifiantes parcelles, appartient aux Merode. Les propriétaires, absents, ont délégué leurs pouvoirs à un régisseur, avocat et bourgmestre, qui tient tout le village dans sa main. Les éléments étrangers, suspects de libéralisme, sont écartés avec un soin jaloux. Pour obtenir la moindre parcelle de terre, soit en propriété, soit à charge de rente annuelle, il faut montrer patte blanche. Les pauvres vivent sous la perpétuelle menace de se voir fermer, s'ils votent mal, l'accès des bois de monseigneur. Par contre, ceux qui sont bien notés jouissent de certains avantages. Quand ils se bâtissent une maison, on leur fournit le bois de charpente, gratuitement ou à très bon compte. On occupe, dans les bois ou dans les champs, à travailler aux chemins ou à étendre les bouses de vache sur les pâtures, assez bien de vieux ouvriers, repoussés de partout ailleurs. Quand ils deviennent tout à fait impotents, on leur donne des secours, voire même une petite pension de 20 francs par mois. Bref, nous trouvons en action, sur les terres de Rixensart, le système de protection et de dépendance dont Stuart Mill a fait si magistralement la critique (...). Les ouvriers qui n'ont pas de travail dépendent absolument du seigneur ou de son intendant : tandis que les habitants de La Hulpe ont le choix entre beaucoup de propriétaires, ceux de Rixensart, suivant l'expression d'un ouvrier de ce village, sont littéralement ‘attachés par la patte’. Sous peine d'être privés de la terre qu'ils cultivent et dont ils ont impérieusement besoin, ils doivent être, ou plutôt paraître, du même bord que l'unique propriétaire du village". 

Et Paul Wynants de poursuivre : "Qu'il y ait ou non pression sur la population, la famille de Merode exerce en tout cas une influence indéniable sur les autorités communales. En 1863-1864, le bourgmestre de Rixensart est un de ses principaux fermiers. Dans le dernier tiers du XIXe et au début du XXe siècle, les premiers magistrats de la localité, Jules Bosquet et Paul Terlinden, sont également régisseurs du domaine. Bien plus, la municipalité et la collectivité villageoise dépendent largement des ‘’bienfaits’ des châtelains (...). Mais la situaion socio-politique se complique à Rixensart. Le ’système de protection et de dépendance", mis en place jadis par la famille de Merode, est repoussé par certains habitants. Le régisseur-bourgmestre, Paul Terlinden, voit son autorité, jusqu'alors très étendue, remise en cause lors de scrutins locaux".

Emile Vandervelde rapporte à ce propos : "C'est ainsi qu'à Rixensart, aux élections communales de 1895, il s'en est fallu de bien peu, grâce au secret du vote, que la liste présentée par la Ligue ouvrière du Bourgeois ne l'emporte sur celle du bourgmestre. On nous disait même que les gens du village avaient voté contre ce dernier avec plus d'ensemble que ceux du hameau". La tension ne diminue pas au cours des années ultérieures : en 1899, un scrutin destiné à renouveler partiellement le conseil communal assure l'élection de trois socialistes et seulement de deux catholiques. En 1908, la zizanie s'installe au sein même de la majorité catholique. A en croire la supérieure du couvent de Rixensart, une partie des conseillers, que Paul Terlinden a fait lui-même élire quelques mois plus tôt, se retourne contre le bourgmestre. Ce dernier refuse tout compromis. S'il n'est pas suivi par les autres membres de la municipalité, il menace de fermer les écoles de Rixensart et du Bourgeois, ainsi que l'église de l'Exaltation de la Sainte-Croix, qui appartiennent aux Merode. Le ton monte entre les protagonistes de cette rivalité villageoise. Des conseillers osent dire à Paul Terlinden ce que beaucoup pensent, sans doute depuis des décennies : "Il y a trop longtemps que nous dépendons du comte de Merode. Nous ne voulons plus de ses classes, ni de son église".

"Une partie du conseil communal envisagea de fonder de nouvelles écoles, qui appartiendraient à la municipalité", rapporte in fine Paul Wynants.

Gendre de Jules Bosquet, à qui il succéda (ndlr. après le 3 juillet 1887) dans sa charge d’intendant du domaine, Paul Terlinden présida en 1902 aux travaux de consolidation du clocheton de l’église de Bourgeois.

La situation de la commune de Rixensart est toutefois loin d’être idéale en ce qui concerne l’alimentation en eau et l’état de la voirie (4). C’est ainsi qu’en 1906, ‘L’Union libérale’, journal hebdomadaire de l’arrondissement de Nivelles, critique avec virulence la politique du bourgmestre qu’elle qualifie ironiquement de ‘grand premier‘, d »illustre magistrat‘, de ‘gravure de mode‘ et de ‘potentat aux moustaches fines et artistement cirées‘. « Le maïeur est plus rare que les jours ensoleillés (…). Et dire que la commune marche (…) en pataugeant dans la boue (…). Les routes sont dans un état épouvantable (…). L’eau s’est absentée pendant plus de six semaines (…). Et comme il est aussi régisseur du château, on lui reproche d’être soumis à ses employeurs : « Un domestique en chef reste un domestique même s’il est aussi premier du village » (5) (6).

Les comptes-rendus des conseils communaux sont également des sources intéressantes. Celui du 20 mars 1915, par exemple : « Les ressources communales étant épuisées, c’est de ses deniers personnels que Monsieur le Bourgmestre a fait, depuis le commencement de la guerre, l’avance de tout ce que la Commune a à payer jusqu’au 15 mars (ndlr. 1915), charbon, bois, paille, lumière, fournis aux troupes allemandes, grains, farines, etc. et il a payé également de ses deniers les sommes dues à des tiers, au Comité national d’alimentation, les journées d’ouvriers et en général toutes autres dépenses. Ces avances se sont élevées à fr 28000, environ, mais par suite des subsides reçus du Comité national d’alimentation et d’autres recettes, sont actuellement ramenées au chiffre dont il sera parlé plus bas (…). Ce compte arrêté au 15 mars 1915, solde en sa faveur par fr 18000,81 ». La priorité du Conseil communal était d’éviter misère et famine à Rixensart-Froidmont et Bourgeois-Glain (7).

Paul Terlinden remplit la fonction de bourgmestre jusqu’en 1917, puis à nouveau du 20 décembre 1918 à 1921. Pourquoi cette interruption entre 1917 et 1918 ? C’est le journal néo-zélandais The Evening Star édité le 5 juin 1917 à Dunedin qui nous l’apprend (8) :

Emprisonnée pour avoir répliqué aux Allemands | Un Américain, écrivant une lettre du Havre à Chicago, relate une réplique, singulièrement acérée, adressée à un Allemand, ayant provoqué l'incarcération de l’auteur. Il raconte qu'un incident bien authentifié est survenu récemment lors d'une cour martiale allemande en Belgique. M. Paul Terlinden, bourgmestre de Rixensart, a comparu devant le tribunal, accusé d'avoir protégé un Français blessé, fait pour lequel il a été condamné à 12 mois de prison. Sa fille, la baronne De Coninck, une jeune femme mariée dont le mari (9) est au front, était présente au procès. Un officier allemand s'assit à côté d'elle en disant : «Je crois, Madame, je vous ai déjà rencontrée». La baronne De Coninck répondit : «Vous vous trompez. Je ne vous connais pas, monsieur». L'Allemand a persisté en disant : «Je me trompe peut-être, mais vous ressemblez beaucoup à une Anglaise que je connaissais bien». «Vous parlez évidemment de Miss Cavell», rétorqua la baronne. Pour cette réponse, elle fut condamnée à un mois de prison (traduction libre de l'anglais).

Le 28 novembre 1918, il devint parlementaire pour l’arrondissement de Nivelles en remplacement de Emile de Lalieux de la Rocq, décédé en exil à Onchy-Lausanne, le 7 septembre 1918, des suites d’une longue et pénible maladie contractée pendant sa captivité en Allemagne (10). Paul Terlinden occupa le mandat de député catholique jusqu’aux premières élections législatives d’après-guerre en novembre 1919.

Le 20 décembre 1918, Paul Terlinden « reprend sa place de bourgmestre, place qu’il avait dû quitter par ordre des boches » (11). Pendant son internement, les fonctions de bourgmestre furent assurées, de 1917 à 1918, par N. Walescotte, qui exploitait la ferme de Froidmont (12).

Pendant la Première Guerre mondiale, Valentine Bosquet (1862-1941)(13), l’épouse de Paul Terlinden, travaillait comme infirmière dans les hôpitaux militaires derrière la ligne de front. Le 21 avril 1919, le Conseil communal de Rixensart décida  » à l’unanimité d’adresser un télégramme de félicitations à Madame Terlinden qui est rentrée quelques jours à Bruxelles pour se reposer après plus de quatre années de service à l’armée belge où elle a rempli les fonctions d’infirmière avec dévouement admirable, sacrifiant sa vie et sa famille en s’exposant à tous les dangers du front pour soigner malades et blessés et en reconnaissance de quoi sa Majesté le Roi des Belges vient de la décorer de la Croix de Chevalier de l’Ordre de Léopold » (14).

Sur la photo ci-dessus provenant des archives de la Commune de Rixensart, Paul Terlinden est vêtu d’un habit-frac : grand costume en drap bleu du roi, doublé de soie blanche; collet droit; une rangée de neuf boutons en argent; broderies en argent. Culotte et gilet à une rangée de boutons, de casimir blanc; souliers à boucles d’argent. Chapeau à la française, à plumes blanches pour les bourgmestres, à plumes noires pour les échevins, avec ganse en argent à graine d’épinards et cocarde nationale. Epée droite le long de la cuisse (nacre et argent).

Lors du Conseil communal du 21 mai 1921, Paul Terlinden fit le bilan de l’exercice, félicitant « les conseillers élus du succès qu’ils ont obtenu, leur souhaitant la bienvenue, leur fait l’historique des mesures qu’a dû prendre l’ancienne administration durant la guerre, les œuvres qu’elle a créées, des travaux qu’elle a fait exécuter pour donner du travail et des ressources à la population. Il fait remarquer également que si les finances communales sont dans une situation très obérée, Rixensart jouit de tous les avantages des grandes villes, tram vicinal, eau, électricité, bonne voirie, qui donne une plus-value aux propriétés » (15).

En 1925, Paul Terlinden contribua financièrement à la transformation de l’église de Bourgeois (16).

Le 8 octobre 1927, il fut créé baron par le roi Albert Ier et décéda à Saint-Gilles (Bruxelles) le 11 avril 1935. Il est inhumé à Rixensart et son nom fut donné à une avenue rixensartoise, créée en 1933.


(1) VAN MOLLE Paul, Het Belgisch Parlement 1894-1969, N.V. Drukkerij Ersmus – Ledeberg-Gent, 1969, p. 314).
(2) de WALQUE André, Un siècle à Bourgeois (Rixensart) 1877-1977, Rixensart, 1977, p. 32-35
(3) WYNANTS Paul, Une fondation de la famille de Merode : l’école des filles de Rixensart, in Revue d’histoire religieuse du Brabant wallon, Vol.1988. T.II, Numéro 4, p. 253-282
(4) PINSON Colette, Rixensart et la Famille de Merode, in Chroniques du Cercle d’Histoire de Rixensart, n° 34 de septembre 2005, p. 52)
(5) Ibid.
(6) L’Union libérale du 21 janvier 1906, 3 juin 1906, 22 avril 1906, 21 octobre 1906, 9 juin 1907
(7) Rixensart Info d’avril 2014, p. 17
(8) THE EVENING STAR, 5h of June 1917 | Gaoled for retort to Germans | An American, penning a letter from Havre to Chicago, mentions a singularly sharp retort to a German, which caused the speaker incarceration in a gaol. He says that a well-authenticated incident which occurred recently during a German court martial in Belgium has just become known in Havre. M. Paul Terlinden, Burgomaster of Rixensart, appeared before the court, charged with shielding a wounded Frenchman, for which he was condemned to 12 months imprisonment. His daughter, Baroness De Coninck, a young married woman, whose husband is at the front, was present at the trial. A German officier sat down beside her, saying : « I believe, madame, I have met you before ». Baroness De Coninck replied : « You are mistaken; I don’t know you, sir ». The German persisted, saying : « Perhaps I am mistaken, but you greatly resemble an Englishwoman whom I knew well ». « Evidently you mean Miss Cavell », retorted the baroness. For this answer she was sentenced to one month in prison.
(9) Marie-Valentine Terlinden, ° Saint-Gilles 5 janvier 1891, † Bruxelles 1960, x Jean de Coninck de Merckem (baron), ° 29 avril 1890, †1979
(10) BEL MEMORIAL, de Lalieux de la Rocq Emile
(11) Rixensart Info d’avril 2014, p. 17
(12) de WALQUE André, Un siècle à Bourgeois (Rixensart) 1877-1977, Rixensart, 1977, p. 32-35
(13) Valentine Bosquet était la fille de Jules Bosquet (1833-1887), fondé de pouvoir de la comtesse de Montalembert, bourgmestre de Rixensart de 1870 à 1877.
(14) de WALQUE André, Un siècle à Bourgeois (Rixensart) 1877-1977, Rixensart, 1977, p. 32-35
(15) Rixensart Info d’avril 2014, p. 17
(16) de WALQUE André, Un siècle à Bourgeois (Rixensart) 1877-1977, Rixensart, 1977, p. 32-35

La maladrerie de Genval

2020 | Rue des Déportés n° 12 à Genval © Annick Dedobbeleer

En 1873, Jules Tarlier et Alphonse Wauters écrivirent (1) : « Le nom du ‘Chemin Ladrée’ indique qu’il a existé à Genval une ladrerie ou maladrerie ». Selon le Syndicat d’Initiative de Rixensart, « Genval avait sa ‘maladrerie’, située rue des Déportés n° 12 » (voir photo ci-avant).

Le Cercle d’Histoire de Rixensart (2) nous apprend, qu’en 1866 une épidémie de choléra a sévi dans la région, et notamment à Genval. Les nombreuses chapelles dédiées à Saint-Roch dans les environs en témoignent : « celle de Bourgeois (…), à Rosières (3), à Ransbeck, à Gaillemarde, la Marache … etc., toutes de dimensions assez conséquentes et toutes évoquant l’épidémie de choléra de 1866 ».

A Genval, « en retrait de la rue, la chapelle à chambre et chevet polygonal est une bâtisse de la seconde moitié du 19e siècle (…). Au-dessus de la porte au vantail de bois partiellement vitré, cartouche gravé du millésime ‘1866’ et surmonté d’une pierre portant la dédicace ‘ST ROCH PATRON CONTRE LES MALADIES CONTAGIEUSES / PRIEZ POUR NOUS’ (4).

« Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette épidémie a marqué la mémoire collective », précise le Cercle d’Histoire, «  et on le comprend lorsqu’on sait que, si tous les malades ne mourraient pas, la proportion de décès était néanmoins importante. A Rixensart, 15 personnes furent atteintes (1 % de la population) et 13 moururent. A Rosières, on comptait 39 malades sur 611 habitants, mais la mort n’atteindra que 13 d’entre eux ! A Genval, il y eut 51 cas sur 1169 habitants et, parmi eux, 26 décès, soit la proportion la plus importante de l’arrondissement par rapport à la population (2,2 %) ». 

« Si les médecins et les curés des paroisses atteintes furent sur la brèche, un certain nombre d’habitants se dévouèrent également aux soins des malades et les sœurs Marie-Caroline et Marie-Rosalie Brabant furent du nombre. A l’issue de l’épidémie, elles firent construire cette chapelle en contrebas de leur maison » (5).

1902 | Chapelle Saint-Roch, Place communale à Genval (coll. Serge Watté)

(1) TARLIER Jules et WAUTERS Alphonse, La Belgique ancienne et moderne – Géographie et histoire des communes belges, Bruxelles, 1873
(2) CERCLE D’HISTOIRE DE RIXENSART, Aux environs de Saint-Roch, in Rixensart Info n°165 de janvier 1997, p. 22
(3) RÉTRO RIXENSART | Chapelle de la Vierge, Saint-Roch et Saint-Guidon (Rosières)
(4) de GHELLINCK Bénédicte (WALLONIE DGO Aménagement du territoire, Logement, Patrimoine et Energie), Liste des biens repris dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier Culturel de la commune de Rixensart
(5) CERCLE D’HISTOIRE DE RIXENSART, Aux environs de Saint-Roch, in Rixensart Info n°165 de janvier 1997, p. 22

Les sphinges du château du Héron

1974 | Les deux sphinges du château du Héron,
photographiées par Juliette Gardesalle (coll. Paul Tagnon)

Une large terrasse bordée d’une balustrade en pierre s’avance au rez-de-chaussée du château du Héron. L’entrée de celle-ci est surveillée par des sphinges (1), en pierre blanche, reposant sur des piles (2).

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1974 © Juliette Gardesalle (coll. Paul Tagnon)
2014 © Monique D’haeyere

> OBJECTIF RIXENSART | Les sphinges du château du Héron

(1) sphinge : statue colossale à tête droite, à face d’homme ou de bélier, de faucon, et à corps de lion, en position couchée, les pattes allongées parallèlement, représentant un roi ou une divinité, symbolisant la fécondité, la force protectrice, la sagesse, et qui se trouve généralement placée devant les temples (isolée ou en files)(3). 
(2) de GHELLINCK Bénédicte (WALLONIE DGO Aménagement du territoire, Logement, Patrimoine et Energie), Liste des biens repris dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier Culturel de la commune de Rixensart
(3) Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (www.cnrtl.fr)