Il y a 80 ans, décès d’Auguste Lannoye

180529 Auguste Lannoye 1938 dernière photo
1938 | Dernière photographie d’Auguste Lannoye,
fondateur des Papeteries de Genval
coll. Fonds Lannoye (1)

Le jour de l’Ascension 1938, je me promenais avec lui dans le bois qu’il aimait à sillonner en allant et revenant de l’usine, il en connaissait tous les arbres, tous les oiseaux et s’asseyait parfois longuement en priant ou méditant sous ‘l’arbre de Papa’. Notre promenade nous avait amenés à faire également le tour de l’usine qui était vraiment pimpante : plus de chantiers de construction, boiseries et tuyauteries fraîchement repeintes, partout la propreté qu’il exigeait énergiquement.

Il me proposa un petit voyage à Lourdes et comme je lui faisais remarquer que ce départ nécessiterait pour lui un temps de préparation pour la mise au point de ses importantes affaires, il me répondit à mon très grand étonnement : si tu veux nous partirons dès lundi, je ne suis plus aussi indispensable que tu le crois, raconta son épouse, Marie Stevenart (1).

Le surlendemain, samedi 28 mai 1938, il revient de la maison communale tôt dans la soirée, harassé. Quelques heures plus tard, frappé de congestion cérébrale, il entre dans le coma et meurt dans la nuit (1).

L’œuvre réalisée en quelque trente années était immense. Trop grande même pour Auguste Lannoye qui se prenait parfois à regretter le temps où il connaissait chacun de ses ouvriers et lorsque rien de ce qui se passait dans son entreprise n’échappait à son contrôle. Il avait bâti tout cela en partant de rien, sinon de son esprit et de son cœur.

Il avait parfois l’impression que son œuvre était faite et que d’autres auraient à la poursuivre. Il avait, à contrecœur, mais pour la bonne cause, accepté qu’un « Service Social » s’occupât du personnel car il s’était toujours réservé cette tâche. A son fils qui lui parlait de nouvelles formes d’organisations participatives il laisse tomber « Après moi, peut-être, ce sera à toi de le faire ».

Sa santé florissante lui permettait d’assumer chaque jour un labeur considérable. « Je ne me sens pas vieillir » disait-il avec un grand sourire. Un jour il prétendit : « Je ne suis pas fatigué … je n’ai d’ailleurs jamais été fatigué … je me demande même si la fatigue n’est pas une invention des paresseux ! » (1).


(1) LANNOYE Luc, Regards sur le passé, 1978