692. Pierre Thévenet

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« Au mois de mai 2002, Françoise Thévenet-Ducoffre rendait hommage à son père Pierre et ravivait la mémoire de ce dernier par une exposition de 35 de ses œuvres », raconte Philippe Jacquet. « Je garde un superbe souvenir de cette grande genvaloise avec laquelle j’ai eu le privilège de tomber en amitié. Françoise Thévenet, hélas aujourd’hui décédée, a résidé dès les premières années de sa vie et jusqu’à son décès, dans la maison occupée par son père de 1924 à 1937. La Charmille, tel est le nom de cette maison, est située le long du sentier Pierre Thévenet à Genval.

Le choix de la Pommerage comme lieu d’exposition avait pour Françoise Ducoffre-Thévenet une profonde signification, empreinte d’émotion. Son père avait vécu à Genval de 1924 jusqu’à son décès, en 1937, et repose depuis au cimetière de Genval. Elle a toujours rêvé de voir la commune de Rixensart ouvrir un musée dédié à son père, dont elle possédait encore plus de deux cents œuvres à la Charmille (dispersées lors d’une grande vente à Bruxelles après son décès)… ce souhait n’a jamais reçu l’écho favorable nécessaire, et a donc hélas disparu avec elle ». 

L’une des plus belles œuvres du peintre (ma préférée), intitulée « La petite fille éblouie » (1928) était superbement mise en valeur à la Charmille. Elle campait la fille unique de l’artiste dans le jardin de la propriété, et nous montrait la vue plongeante qui existait à l’époque de cet endroit sur la vallée de la Mazerine et le village de la Hulpe. La famille Thévenet fut une grande famille d’artistes. Le grand-père de Françoise était baryton, et ses parents s’étaient rencontrés au théâtre de la Monnaie à Bruxelles, alors qu’ils lisaient tous deux une partition de Wagner. Pierre Thévenet était un grand amateur de musique, sa mère, Madeleine Renaud-Thévenet, était plutôt attirée par la parole.

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Madeleine Renaud-Thévenet (1886, Namur – 1963), comédienne, intègre la troupe du Vieux-Colombier de Jacques Copeau à Paris en 1920. De retour à Bruxelles, elle est nommée professeur au Conservatoire royal de Bruxelles. Elle fréquente le cercle de « La Lanterne Sourde » et la section d’art du Parti Ouvrier Belge, avec notamment le poète Pierre Bourgeois. Elle doit également sa notoriété à la création, en 1932, d’un choeur parlé, les «Renaudins». Les «Renaudins» travailleront en étroite collaboration avec Paul Claudel, alors ambassadeur à Bruxelles.

Le mari de Françoise, l’écrivain René Ducoffre, a consacré un très bel ouvrage, « Palette et Paroles », à ses beaux-parents. Il a également publié un superbe livre aux éditions Dricot à Liège : « Le Temps d’un Requiem ». Roman d’une vie dans lequel pourtant, tout était imaginaire d’après l’écrivain… Il se plaisait quand même à ajouter que « (…) aucun romancier n’a jamais réussi à éjecter totalement son moi de ses récits (…) ». Cet ouvrage, bouclé en douze mois, l’écrivain genvalois avouait quand même l’avoir conçu avec les miettes de son passé et le passé de tant d’autres qui ne sont plus.

«(…) Ça dure quoi une vie ? À peine le temps d’un Requiem … Quatre chapitres pondèrent cet ouvrage. Les quatre motets d’une messe de requiem: «Agnus Dei», «Dies irae», «Libera me», «Dona eis requiem». Choix délibéré d’un agnostique qui sereinement s’en ira un soir sur un air de Mozart. Un personnage central dont la mémoire et les yeux embrasseront bientôt tout le siècle, farouchement indépendant envers toute religion, club ou cénacle. D’anecdotes en anecdotes, une vie défile: jeunesse, guerre, paix retrouvée, drames, perte d’êtres chers, douleurs et espérances. De l’imaginaire? Plutôt roman-réalité. On s’y découvre concerné, presque au quotidien. » (Archives Le Soir, sous la plume d’Eric Burgraff – juillet 1995).

La Charmille a vu défiler en ses murs nombre d’artistes reconnus dans différentes disciplines à l’époque, tous amis de la famille : le peintre Marcel Jefferys (dont une place porte le nom à Rixensart), le musicien Darius Milhaud, le comédien Louis Jouvet, les écrivains Blaise Cendrars, Paul Claudel, Arthur Haulot, Charles Plisnier, Georges Sion, Emile et Marthe Verhaeren, le peintre Claude Lyr, grand ami de la famille…

Paul Caso, l’illustre critique d’art et collaborateur du journal Le Soir, surnommait Pierre Thévenet « le piéton de Paris ». Pierre Thévenet est l’une des figures de proue du postimpressionnisme belge.

De 1912 à 1937, Pierre Thévenet a participé à une cinquantaine d’expositions (individuelles ou ensembles) à Paris, ensuite à Bruxelles (galerie Giroux, Palais des Beaux-arts, galerie de la Toison d’Or) mais aussi à Genève, Barcelone, Liège, Anvers, Anseremme. Paul Caso, en 1982, a réalisé une monographie « Pierre Thévenet, un héritage d’une fraîcheur intacte » (Ed. d’Art Associés).

En 1987, lors du cinquantième anniversaire de la mort du peintre, la Province de Brabant et son conseiller culturel Guy Cobbaert, accueillent une grande exposition rétrospective de l’artiste à l’hôtel Puccini à Bruxelles. Guy Cobbaert apportera son concours en 2008 à la mise en place de l’exposition à la Pommerage en 2008. Parmi les nombreuses citations d’amis et critiques d’art au sujet de Pierre Thévenet :

– « (…) L’étoile de Pierre Thévenet bénéficie des faveurs accordées aux postimpressionnistes historiques et, d’une manière générale, à la dimension d’un artiste (…) » (Paul Caso, Le Soir du 29 mai 1987)

– « (…) Paysagiste épris tour à tour des sites boisés de Drogenbos, des coins traditionnels de Paris et, en général, des lieux qui séduirent les impressionnistes (…), Pierre Thévenet a réalisé une œuvre considérable dont on mesure aujourd’hui l’importance (…). Pierre Thévenet a sa place près d’un Frans Smeers, d’un Albert Pinot, d’un Louis Clesse (…) » (Stéphane REY, La Libre Belgique du 30-31 mai 1987)

Parmi les acquisitions de ses œuvres :

– la section belge du « Musée National des Beaux-Arts » de Lettonie,

– le Ministère belge des Sciences et des Arts,

– le Musée d’Ixelles,

– le « Koninklijk Museum van Schone Kunsten » d’Antwerpen,

– l’Etat Français (plusieurs œuvres),

– les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (trois œuvres),

– les Administrations communales d’Anseremme, Rixensart, La Hulpe,

– et, bien sûr, de très nombreuses collections privées.

 

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(*) photographie : Pierre Thévenet à Meudon en compagnie du pékinois de sa soeur Cécile. 

2 réflexions au sujet de “692. Pierre Thévenet”

  1. Je suis à l’origine de l’expo de Dinant. J’ai prêté 28 tableaux de ma collection. J’ai connu Thevenet par un tableau hérité de mon cousin l’éditeur Robert DENOEL. J’ai aussi été l’ami de Madeleine Oseray qui fut la compagne de Jouvet. J’ai complété ma collection lors de la fameuse vente de Bruxelles. Je possède une soixantaine d’oeuvres dont la place de la Concorde (qui était dans le hall à Genval) et la place du Tertre. Ma sélection privilégie Paris et le sud de la France. Je ne possède malheureusement qu’une seule vue de Venise.

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